Les frères Perret : leurs plus beaux édifices parisiens
Auguste, Gustave et Claude Perret ont fait du béton armé bien davantage qu’une technique de construction : un langage architectural capable d’ordonner l’espace, la lumière et la façade.
Par Raphaël FederspielPublié le 27 août 2026Mis à jour le 27 août 2026
Introduction
À Paris, l’histoire d’Auguste, Gustave et Claude Perret est une histoire de famille. Les trois frères ont compris avant beaucoup d’autres que le béton armé pouvait devenir une véritable écriture architecturale : une structure capable d’ordonner l’espace, la lumière et la façade.
Une entreprise familiale devenue laboratoire
Né à Bruxelles en 1874, Auguste Perret grandit dans une famille de bâtisseurs. Son père, Claude-Marie Perret, dirige une entreprise générale de construction ; ses fils y acquièrent très tôt une connaissance concrète du chantier, des matériaux et de l’économie de la construction. Auguste et Gustave fréquentent l’École des beaux-arts de Paris, sans achever leur cursus. Cette double formation — académique et pratique — explique la singularité de leur position : ils dessinent, calculent et bâtissent.
En 1905, l’entreprise familiale prend le nom de Perret frères. Auguste en est la figure théorique et créatrice ; Gustave joue un rôle essentiel dans la conception et la conduite des réalisations ; Claude dirige notamment l’agence d’Alger. L’atelier associe ainsi agence d’architecture et entreprise de construction. Le Corbusier y travaille brièvement en 1908-1909 : il y observe une architecture où la structure porteuse devient le principe même du projet.
Auguste Perret sur la terrasse de l’immeuble de la rue Franklin
Faire du béton un ordre architectural
Au tournant du XXe siècle, le béton armé est déjà employé dans les ouvrages industriels ou utilitaires. Les Perret en déplacent l’usage : ils l’appliquent au logement, au théâtre, à l’édifice public et à l’architecture religieuse, sans renoncer à la recherche de proportions et de monumentalité. Chez Auguste Perret, la modernité ne signifie jamais la table rase ; elle consiste à trouver, pour un matériau neuf, une discipline comparable à celle de l’architecture classique.
L’immeuble de la rue Franklin
L’immeuble du 25 bis, rue Franklin, construit en 1903-1904 par Auguste et Gustave Perret, en donne une démonstration précoce. Sur une parcelle étroite, l’ossature de béton libère le plan des contraintes de la maçonnerie porteuse et permet une façade largement ouverte. Les remplissages sont traités avec soin, notamment par les grès flammés d’Alexandre Bigot. L’édifice fait coïncider structure moderne, confort domestique et raffinement de façade.
Le Théâtre des Champs-Élysées
Le Théâtre des Champs-Élysées, inauguré en 1913, porte cette ambition à l’échelle d’un grand équipement culturel. Les frères Perret participent à un projet collectif auquel sont associés Henry Van de Velde, Antoine Bourdelle et Maurice Denis. Entièrement réalisé en béton armé, le théâtre offre une salle dont les balcons suspendus ne sont pas interrompus par des colonnes : la technique améliore ici très directement l’expérience du spectateur. Il s'agit d'un des premiers bâtiments Art Déco de Paris.
Le Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne à Paris
Notre-Dame du Raincy
À Notre-Dame du Raincy, construite en 1922-1923, le système se fait presque immatériel. Une fine trame de poteaux, de claustras et de verrières remplace la masse habituelle des murs d’église et laisse circuler la lumière. Souvent surnommé la « Sainte-Chapelle du béton armé », l’édifice reste l’une des expériences les plus saisissantes des Perret : un espace sacré obtenu par l’économie des moyens plutôt que par l’accumulation du décor.
Notre-Dame du Raincy, la « Sainte-Chapelle du béton armé »
Le palais d’Iéna
Le palais d’Iéna constitue enfin l’aboutissement parisien de cette recherche. Commandé pour le Musée national des Travaux publics dans le contexte de l’Exposition de 1937, il est construit de 1937 à 1946. Son grand escalier suspendu, sa rotonde et sa forêt de colonnes donnent au béton une solennité presque antique. Aujourd’hui siège du Conseil économique, social et environnemental, le palais résume la pensée de Perret : une architecture moderne, mais réglée par la structure, la mesure et la permanence.
Le palais d’Iéna à Paris
À retenir
Les frères Perret n’ont pas « inventé » le béton armé ; ils ont contribué de façon décisive à lui donner un langage architectural. De l’habitation à l’église, du théâtre au palais public, leurs réalisations montrent que la modernité peut naître d’un matériau neuf sans renoncer à l’élégance, à la composition et à la durée.
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