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Marie-Antoinette à la Conciergerie : 76 jours de captivité, son procès et son exécution
Transférée à la Conciergerie dans la nuit du 1er au 2 août 1793, Marie-Antoinette y passe les 76 derniers jours de sa vie, jusqu’à son procès et son exécution.
Par Raphaël FederspielPublié le 28 août 2026Mis à jour le 28 août 2026
Introduction
Transférée à la Conciergerie dans la nuit du 1er au 2 août 1793, Marie-Antoinette y passe les 76 derniers jours de sa vie. Séparée de ses enfants, étroitement surveillée et affaiblie par la maladie, l’ancienne reine devient l’accusée centrale d’un procès destiné à condamner, à travers elle, la monarchie déchue.
De Versailles à la prison du Temple
Les 5 et 6 octobre 1789, plusieurs milliers de femmes, accompagnées de gardes nationaux, marchent sur Versailles. La famille royale est ramenée à Paris et installée au palais des Tuileries.
D’octobre 1789 à juin 1791, pendant son séjour aux Tuileries, la reine entretient une correspondance secrète avec les monarchies européennes et différents partisans de la monarchie.
Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, la famille royale tente de quitter Paris pour rejoindre la place forte de Montmédy, dans la Meuse. Elle est reconnue et arrêtée à Varennes-en-Argonne, puis reconduite à Paris. La famille royale demeure alors sous étroite surveillance aux Tuileries.
Louis XVI accepte la Constitution le 13 septembre 1791. Le lendemain, il lui prête serment et devient « roi des Français » dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle.
La France déclare la guerre à l’Autriche le 20 avril 1792. Après les premières défaites militaires, l’Assemblée proclame la patrie en danger le 11 juillet. Le manifeste attribué au duc de Brunswick, daté du 25 juillet, menace Paris de représailles si la famille royale est maltraitée. Loin de protéger le roi, ce texte attise la colère et renforce les soupçons de trahison.
Le 10 août 1792, les insurgés prennent le palais des Tuileries. La famille royale est arrêtée, puis enfermée à la prison du Temple à partir du 13 août.
Le 21 septembre 1792, la Convention nationale abolit la royauté. Le lendemain, elle décide de dater les actes publics de « l’an premier de la République française ».
Louis XVI, désormais appelé « Louis Capet », est jugé, condamné à mort et exécuté le 21 janvier 1793, place de la Révolution.
Après les journées des 5 et 6 octobre 1789, la famille royale quitte Versailles pour s’installer au palais des Tuileries, à Paris.
L’été 1793 : une République menacée
L’été 1793 est marqué par une radicalisation de la Révolution. La Terreur se met progressivement en place, tandis que les Montagnards prennent l’ascendant sur les Girondins, dont plusieurs députés sont arrêtés après les journées des 31 mai et 2 juin 1793.
La République doit affronter les armées étrangères, notamment autrichiennes, prussiennes et britanniques, mais aussi plusieurs insurrections intérieures, en particulier la guerre de Vendée et les révoltes dites fédéralistes.
D’origine autrichienne et hostile à la Révolution, Marie-Antoinette est perçue comme un symbole vivant de la trahison, de la contre-révolution et du régime déchu. Les révolutionnaires veulent organiser un grand procès politique destiné à achever symboliquement la monarchie.
Marie-Antoinette transférée à la Conciergerie
Dans la nuit du 1er au 2 août 1793, Marie-Antoinette est séparée de sa fille Marie-Thérèse et de sa belle-sœur Madame Élisabeth, demeurées au Temple. Son fils Louis-Charles leur avait déjà été enlevé le 3 juillet.
Elle est conduite à la Conciergerie, prison dans laquelle sont notamment enfermés les accusés en attente de leur comparution devant le Tribunal révolutionnaire. Elle y est désormais officiellement désignée sous le nom de « veuve Capet ».
Antoine Quentin Fouquier-Tinville, accusateur public du Tribunal révolutionnaire, suit personnellement son dossier et prépare l’accusation. Il souhaite que le procès ait lieu rapidement : il veut satisfaire les attentes populaires et redoute une tentative d’évasion ou de libération.
Marie-Antoinette est privée de ses enfants et isolée des autres prisonniers. Deux gendarmes la surveillent jour et nuit dans sa cellule. Elle ne dispose pratiquement d’aucune intimité, hormis celle que lui procure un simple paravent.
L’ancienne reine souffre également de douleurs et d’importantes pertes de sang, attribuées à un cancer de l’utérus.
La cellule présentée aujourd’hui à la Conciergerie est une reconstitution mémorielle. La chapelle expiatoire aménagée sous la Restauration occupe l’emplacement de la dernière cellule de Marie-Antoinette.
Le complot de l’Œillet : l’ultime tentative d’évasion
Deux hommes vont s’impliquer dans une ultime tentative d’évasion : Alexandre Gonsse de Rougeville, qui inspirera à Alexandre Dumas le personnage du chevalier de Maison-Rouge, et Jean-Baptiste Michonis, administrateur de police ayant déjà participé à un projet d’évasion au Temple.
À la fin du mois d’août 1793, Rougeville parvient à pénétrer dans la cellule de Marie-Antoinette en accompagnant Michonis. Il lui transmet un message dissimulé dans un œillet, épisode qui donnera son nom au « complot de l’Œillet ».
Grâce à la corruption de plusieurs gardiens, les conspirateurs envisagent de faire sortir la reine en donnant à son déplacement l’apparence d’un transfert officiel vers le Temple.
Des messages entre Marie-Antoinette et ses sympathisants sont interceptés. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1793, la reine parvient néanmoins à quitter sa cellule et à franchir plusieurs portes de la prison. Elle est finalement arrêtée par un garde qui refuse de la laisser sortir.
Marie-Antoinette renonce à aller plus loin afin de ne pas compromettre ses sauveteurs. Elle est reconduite dans sa cellule, tandis que Rougeville réussit à prendre la fuite.
Après la découverte du complot, la surveillance de Marie-Antoinette est renforcée. Elle est transférée dans une seconde cellule, située à l’emplacement de l’actuelle chapelle expiatoire. Elle est privée de ses derniers privilèges et ne reçoit plus que les visites de Rosalie Lamorlière, chargée de son service.
Le complot doit son nom à l’œillet dans lequel Rougeville avait dissimulé un message destiné à la reine. Cette tentative constitue le dernier grand projet organisé pour libérer Marie-Antoinette.
La préparation du procès de la « veuve Capet »
L’échec du complot accélère la préparation du procès. Fouquier-Tinville recherche des témoignages et des éléments susceptibles d’étayer la culpabilité de la « veuve Capet ».
Il demande l’aide de Robespierre. Celui-ci se méfie de l’opinion publique et des mouvements incontrôlés de la foule. Il évite d’apparaître comme le responsable personnel du procès, tout en contribuant à la sélection d’un jury composé des révolutionnaires les plus radicaux.
L’objectif est désormais d’obtenir rapidement une condamnation. Marie-Antoinette ne doit plus servir de monnaie d’échange avec l’Autriche pour négocier la paix. Elle doit disparaître comme incarnation de la monarchie et de la contre-révolution.
Accusateur public du Tribunal révolutionnaire, Fouquier-Tinville est chargé de préparer et de soutenir l’accusation contre la « veuve Capet ».
Un procès joué d’avance
Le procès de Marie-Antoinette s’ouvre devant le Tribunal révolutionnaire le 14 octobre 1793. Plus de quarante témoins se succèdent au cours de débats qui durent environ vingt heures.
Le procès ressemble largement à un simulacre judiciaire : les accusations mêlent des faits politiques, des rumeurs anciennes et des attaques contre la personne de l’ancienne reine. Marie-Antoinette ne croit pourtant pas qu’elle sera exécutée.
Ses deux avocats, Claude-François Chauveau-Lagarde et Guillaume Alexandre Tronson du Coudray, sont désignés d’office très peu de temps avant l’ouverture du procès. Ils ne disposent que de deux jours pour prendre connaissance du dossier et préparer leur défense.
Malgré cette préparation insuffisante, ils prononcent leurs plaidoiries. Chauveau-Lagarde est arrêté après avoir défendu la reine ; Tronson du Coudray le sera également.
Marie-Antoinette est principalement accusée :
d’avoir entretenu des intelligences avec les puissances étrangères ;
d’avoir participé à des complots contre la sûreté de la République ;
d’avoir encouragé Louis XVI à résister à la Révolution ;
d’avoir contribué à la dilapidation des finances françaises ;
d’avoir favorisé la guerre civile.
Le procès de Marie-Antoinette s’ouvre le 14 octobre 1793. Après vingt heures de débats, l’ancienne reine est reconnue coupable de haute trahison.
L’accusation d’inceste
L’accusation la plus infamante est portée lors de la déposition de Jacques-René Hébert. Celui-ci affirme que Louis-Charles, le fils de Marie-Antoinette, aurait accusé sa mère et sa tante de pratiques incestueuses.
Ces prétendus aveux avaient été obtenus de l’enfant alors qu’il était séparé de sa famille et placé sous la surveillance du cordonnier Antoine Simon.
Marie-Antoinette commence par ne pas répondre. Pressée de s’expliquer, elle déclare : « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici. »
Cette accusation provoque un mouvement de compassion dans l’assistance et produit l’effet inverse de celui recherché.
La décision politique est cependant prise avant même la fin du procès. Marie-Antoinette sera condamnée : elle ne servira pas de monnaie d’échange avec les Autrichiens pour rétablir la paix.
Face à l’accusation d’inceste, Marie-Antoinette refuse d’abord de répondre, avant d’en appeler publiquement « à toutes les mères ».
La condamnation et l’exécution de Marie-Antoinette
Dans la nuit du 15 au 16 octobre, tous les jurés répondent affirmativement aux questions qui leur sont posées. Marie-Antoinette est reconnue coupable de haute trahison et condamnée à mort.
Le verdict est prononcé vers quatre heures du matin. Quelques heures plus tard, elle est conduite en charrette jusqu’à la place de la Révolution, actuelle place de la Concorde. Elle est guillotinée le 16 octobre 1793 à midi et quart.
Après sa condamnation, Marie-Antoinette adresse une dernière lettre à Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI et donc belle-sœur de l’ancienne reine. La lettre est confisquée par Fouquier-Tinville et Madame Élisabeth ne la lira jamais.
Conservée parmi les papiers du conventionnel Edme-Bonaventure Courtois, elle n’est retrouvée et rendue publique qu’en 1816, sous la Restauration.
Le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette quitte la Conciergerie en charrette pour rejoindre l’échafaud dressé sur la place de la Révolution.
Après la mort de Marie-Antoinette
Le procès de Marie-Antoinette constitue l’un des premiers grands procès politiques de la Terreur. Quelques jours plus tard, du 24 au 30 octobre 1793, vingt et un députés girondins comparaissent à leur tour devant le Tribunal révolutionnaire et sont condamnés à mort.
Robespierre poursuit ensuite l’élimination de ses adversaires. Jacques-René Hébert et les principaux hébertistes sont guillotinés le 24 mars 1794.
Exécution de Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, sur la place de la Révolution.
Robespierre est à son tour renversé le 9 Thermidor an II, puis guillotiné le 28 juillet 1794. Sa chute ouvre la période de la Convention thermidorienne. Le Directoire est établi en 1795.
Ce régime, affaibli par les divisions politiques, les difficultés économiques et sa dépendance croissante envers l’armée, est finalement renversé par le coup d’État du 18 Brumaire, le 9 novembre 1799. Bonaparte devient alors l’homme fort du nouveau Consulat.
Fouquier-Tinville est condamné à mort et guillotiné le 7 mai 1795, un peu plus de neuf mois après Robespierre.
Louis-Charles de France, appelé Louis XVII par les royalistes et parfois désigné comme « Charles Capet » dans les documents révolutionnaires, meurt à l’âge de dix ans dans la prison du Temple, le 8 juin 1795.
Rédigée le 16 octobre 1793 vers quatre heures et demie du matin, la dernière lettre de Marie-Antoinette à Madame Élisabeth ne parviendra jamais à sa destinataire.
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