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Montmartre · Architecture religieuse · XIXe siècle

Le Sacré-Cœur de Montmartre : histoire d’un monument qui divise

De la guerre de 1870 au vœu national, de la Commune à la souscription des fidèles : comprendre l’histoire religieuse, politique et architecturale de la basilique.

Basilique du Sacré-Cœur dominant la butte Montmartre

Le Sacré-Cœur : un monument qui divise

Nikola Obermann nous emmène à la découverte de l’un des monuments parisiens les plus visités par les touristes et les plus décriés par certains Français : la basilique du Sacré-Cœur.

La voici, trônant tel un palais des Mille et Une Nuits sur la butte Montmartre. Elle possède une grande coupole, quatre coupoles secondaires et un clocher qui abrite la Savoyarde, la plus grosse cloche de France. L’édifice est blanc, très blanc même : sa pierre calcaire blanchit au contact de la pluie. Ainsi semble-t-il résister à la pollution de la capitale.

Mais tout le monde n’apprécie pas son architecture romano-byzantine. Certains lui reprochent ses proportions et sa lourdeur. Pour eux, le Sacré-Cœur ressemble à un énorme gâteau surmonté de chantilly. Et, pour beaucoup, le monument soulève aussi une question politique.

Basilique du Sacré-Cœur sur la butte Montmartre
La basilique du Sacré-Cœur domine la butte Montmartre. Sa pierre de Château-Landon blanchit au contact de la pluie.

De la guerre de 1870 à la Commune de Paris

Petit rappel historique. En juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Dès septembre, Napoléon III est capturé à Sedan. L’Empire est renversé et, le 4 septembre, la Troisième République est proclamée. Mais la guerre continue : Paris est assiégé.

L’hiver est glacial. Les Parisiens souffrent du froid, des maladies et de la faim. Ils en viennent à manger des chevaux, des chiens, des chats, des rats et même des animaux du Jardin des Plantes. À la fin de janvier 1871, un armistice met fin au siège.

Une partie du Paris populaire, qui a défendu la ville pendant des mois, refuse pourtant de se considérer comme vaincue. Le 18 mars, la tentative de reprendre les canons de la Garde nationale entreposés sur la butte Montmartre déclenche l’insurrection. C’est le début de la Commune de Paris.

La Commune dure un peu plus de deux mois et s’achève dans un bain de sang. Des communards exécutent des otages, parmi lesquels l’archevêque de Paris. L’armée réprime l’insurrection et tue des milliers de personnes. Le nombre exact des victimes reste débattu.

Canons installés sur la butte Montmartre en mars 1871
Les canons installés sur la butte Montmartre occupent une place centrale dans les événements qui déclenchent la Commune, le 18 mars 1871. Dessin conservé au musée Carnavalet – Paris Musées.

Un vœu né avant la Commune

L’idée de bâtir une église dédiée au Sacré-Cœur apparaît avant l’insurrection. Dès septembre 1870, Mgr Félix Fournier, évêque de Nantes, interprète les malheurs de la France comme un châtiment divin lié, selon lui, à un déclin moral commencé avec la Révolution de 1789.

En décembre 1870, Alexandre Legentil formule une première version du « vœu national » : construire à Paris une église dédiée au Sacré-Cœur de Jésus. Son beau-frère Hubert Rohault de Fleury rejoint ensuite le projet. Tous deux sont des Parisiens aisés et profondément croyants.

Le projet prend de l’ampleur. La butte Montmartre est choisie à la fin de 1872. Pour les promoteurs de la basilique, le lieu évoque notamment le martyre de saint Denis, selon la tradition chrétienne. Mais Montmartre est désormais aussi associé au début de la Commune.

Pour permettre l’acquisition des terrains et, si nécessaire, leur expropriation, la construction doit être déclarée d’utilité publique. La gauche laïque s’insurge : ériger ce sanctuaire sur la butte peut apparaître comme une victoire de l’Église sur la révolution parisienne. Les débats sont vifs. En juillet 1873, l’Assemblée nationale vote néanmoins la loi d’utilité publique.

La distinction est essentielle : la Commune n’a pas donné naissance au vœu initial, mais elle a pesé sur la signification politique ensuite donnée au projet.

Des pierres financées par les fidèles

La construction est financée par souscription. Les fidèles peuvent contribuer à l’achat d’une pierre : dans le système décrit par l’émission, une pierre coûte 120 francs, une pierre portant des initiales 300 francs, et une pierre apparente aux initiales visibles 500 francs.

Il existe aussi une « carte du Sacré-Cœur », divisée en petits carrés de dix centimes. Elle permet aux familles modestes de participer à leur échelle. Les donateurs les plus riches peuvent financer des colonnes ou d’autres éléments de l’édifice, avec leurs initiales bien visibles, évidemment.

Chantier de construction de la basilique du Sacré-Cœur
Le chantier du Sacré-Cœur.

Une consécration retardée par la guerre

La première pierre est posée en 1875. Après plusieurs décennies de chantier, la consécration de la basilique est prévue pour octobre 1914. Hélas, une nouvelle guerre éclate en août. C’est à croire que Dieu n’a rien compris ! La cérémonie est reportée et a finalement lieu le 16 octobre 1919.

Depuis le 1er août 1885, alors que la basilique est encore en construction, des fidèles se relaient pour prier devant le Saint-Sacrement. Dans la foi catholique, il s’agit du Christ présent dans l’hostie consacrée. Cette pratique, appelée adoration perpétuelle, se poursuit depuis lors.

Et si vous n’êtes pas croyant, vous pouvez quand même gravir les escaliers de la butte — ou prendre le funiculaire — pour admirer la vue sur Paris. C’est aussi l’un des rares panoramas de la capitale où l’on est certain de ne pas voir le Sacré-Cœur !

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